📊 Les pros aussi échouent : le verdict du SPIVA Scorecard
Chaque année, S&P Dow Jones Indices compare la performance des fonds actions gérés activement à celle de leur indice de référence. Le constat, répété édition après édition, est sans appel :
| Période | Résultat |
|---|---|
| 2025 (un an) | 79% des fonds actions US grande capitalisation font moins bien que le S&P 500 |
| 15 ans (fin 2024) | Le SPIVA suit 22 catégories de fonds actions US distinctes (grandes capitalisations, petites capitalisations, croissance, valeur…). Dans chacune d’elles, moins de la moitié des gérants actifs ont battu leur indice — pas une seule catégorie où la gestion active gagne en majorité |
| 20 ans | Environ 92% des fonds actifs américains font moins bien que leur indice de référence |
💡 Un biais que le SPIVA corrige, pas qu’il subit : ces chiffres intègrent les fonds qui ont fermé ou fusionné en cours de route — un fonds qui disparaît parce qu’il a trop mal performé est compté comme un échec, pas retiré de l’échantillon. C’est ce qui rend la comparaison fiable : sans cette correction du biais du survivant, la performance moyenne de la gestion active serait mécaniquement surestimée.
Ce ne sont pas des amateurs qui perdent contre le marché : ce sont des gérants professionnels, payés à plein temps pour battre leur indice, avec accès à des analystes, des données et des modèles qu’un particulier n’aura jamais. S’ils échouent dans une telle proportion, année après année, la probabilité qu’un investisseur individuel fasse mieux en pariant sur ses propres actions n’est pas favorable.
⚠️ Et ceux qui réussissent une année ne recommencent pas forcément : le volet “Persistance” du SPIVA Scorecard montre que les fonds qui terminent dans le premier quartile une année ont une probabilité proche du hasard de s’y maintenir l’année suivante. Il n’existe pas de moyen fiable d’identifier à l’avance le gérant qui va surperformer.
🎯 Le vrai problème : la distribution des rendements est extrême
Le SPIVA explique pourquoi les gérants échouent. Une étude plus large, celle du professeur Hendrik Bessembinder (Arizona State University), explique pourquoi le stock-picking en tant que tel est structurellement défavorable.
Bessembinder a analysé la totalité des actions cotées aux États-Unis entre 1926 et 2019 — plus de 26 000 titres — pour mesurer laquelle a réellement créé de la richesse pour ses actionnaires, au-delà de ce qu’aurait rapporté un placement sans risque en bons du Trésor.
Le résultat renverse l’intuition :
- 57,8% des actions cotées ont, sur leur durée de vie, détruit de la richesse par rapport aux bons du Trésor
- Seules environ 4% des actions — un peu plus de 1 000 titres sur 26 000 — expliquent la totalité des 47 400 milliards de dollars de richesse nette créée par le marché américain entre 1926 et 2019
- Dans une actualisation plus récente (1926-2022), les 72 plus grandes entreprises (soit 0,26% des sociétés cotées sur la période) expliquent à elles seules la moitié de toute la richesse actionnariale créée
💡 Ce que ça change concrètement : choisir une action au hasard, ce n’est pas parier sur un tirage à 50/50. C’est parier contre une distribution où l’écrasante majorité des titres font au mieux jeu égal avec le sans-risque, et où la quasi-totalité de la performance du marché tient à une poignée de valeurs qu’il fallait détenir et conserver sur des décennies. Un ETF large et diversifié garantit mécaniquement de détenir ces quelques gagnants — un portefeuille de titres choisis à la main risque, tout aussi mécaniquement, de les rater. Notre propre brique principale s’écarte en partie de ce principe : un indice à haut dividende exclut une partie de ces rares gagnants, un coût que nous assumons et chiffrons.
🧠 Et même l’indice ne suffit pas sans discipline
Un dernier chiffre, cette fois sur le comportement des investisseurs eux-mêmes plutôt que sur celui des marchés. Le QAIB de DALBAR, qui suit depuis plus de 30 ans l’écart entre la performance réelle des investisseurs particuliers et celle des indices dans lesquels ils sont investis, documente un phénomène distinct du stock-picking : le behavior gap.
Sur des périodes longues, l’investisseur moyen en fonds actions obtient un rendement annualisé sensiblement inférieur à celui de l’indice qu’il détient — pas parce qu’il a mal choisi ses titres, mais parce qu’il entre et sort au mauvais moment : il vend après une baisse, achète après une hausse, et rate les quelques journées de marché qui concentrent l’essentiel de la performance de long terme. Le millésime 2025 (0,72 point d’écart, l’un des plus faibles depuis 1985) montre que cet écart peut se resserrer une année donnée — mais l’année précédente, 2024, il dépassait 8 points.
🎯 La leçon pour notre stratégie : détenir des ETF plutôt que des actions individuelles résout le problème du choix des titres. Ça ne résout pas le problème du comportement. C’est tout l’objet de la discipline “Buy, Hold and Hibernate” décrite dans notre article de stratégie : des zones de renfort définies à l’avance sur le PRU plutôt que des décisions prises à chaud, et un rééquilibrage par bandes plutôt qu’un pari sur le prochain régime économique.
🏆 Conclusion : trois échecs différents, une seule réponse
Trois données, trois mécanismes distincts, mais une seule conclusion :
- ✅ Les gérants professionnels échouent dans 8 à 9 cas sur 10 à battre leur indice sur le long terme (SPIVA)
- ✅ Le marché lui-même ne récompense qu’une poignée de titres — la plupart des actions individuelles ne font, au mieux, pas mieux que le sans-risque (Bessembinder)
- ✅ Les investisseurs particuliers, même correctement investis, perdent de la performance par leur propre comportement (DALBAR)
Aucun de ces trois problèmes ne se résout par plus d’habileté, plus d’analyse ou plus de conviction. Ils se résolvent par une allocation diversifiée qui ne dépend du succès d’aucun titre en particulier, et par une discipline qui retire la décision émotionnelle du processus.
💡 Notre position : “Choisir une action, c’est parier contre des données qui jouent contre vous à trois niveaux différents. Détenir le marché entier et laisser le temps travailler, ce n’est pas une stratégie prudente par défaut — c’est la stratégie que les chiffres recommandent.” - Patrimoine & Valeur
🧘 Buy, Hold and Hibernate. 🚀